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Christian Rauth interview diffusée en avril 2020 texte et vidéo

Lauréat du Prix littéraire avec La petite mort de Virgile chez De Borée éditions


La petite mort de Virgile par Christian Rauth


Photo Christian Rauth

La dix-septième et donc dernière interview
Christian Rauth, lauréat du Premier Prix littéraire de l'année 2020
Exceptionnellement également présentée en vidéo, avec introduction du contexte, par Ternoise.


Voir Présentation du contexte.



– Vous êtes un « jeune romancier » (« La petite mort de Virgile » est votre 3e roman) avec une certaine expérience de la vie et de l'art ?
Cette présentation vous convient ?

Jeune ? C'est flatteur pour un type de 70 balais, mais non, on ne peut pas dire que je suis un jeune romancier.
Je ne suis pas encore écrivain. Je le serai quand j'aurai publié mon dixième roman.
Je me considère plutôt comme auteur de romans, un auteur de nouvelles, un auteur de théâtre et un scénariste.
Le romancier pour moi c'est le statut au-dessus... c'est l'homme qui n'a fait qu'écrire toute sa vie et qui est identifié comme tel.

— Quand dans la vidéo de présentation de votre livre, j'ai effectué un rapprochement avec Philip Roth, pour signaler que vous n'étiez pas son fils, votre nom ayant 5 lettres, j'ignorais que vous étiez né Christian Roth.
Est-ce justement pour évitez toute confusion de ce genre que vous avez décidé de transformer le O et AU ?

Ce changement a été fait en 1975 et pour une raison stupide.
J'avais une compagnie de théâtre et la mode — ou l'usage — était que lorsqu'il y avait deux personnes à la direction d'une troupe, celle-ci prenait le nom des deux créateurs.
Exemple : Renaud & Barraud, Dessailly & Valère, Grenier & Hussenot, pour ceux qui s'en souviennent encore.
Mais mon partenaire de l'époque était gêné de voir son nom accolé au mien, car les gens prononçaient Roth comme « tu rotes »... (une blague de cours de récréation à l'école).
Alors, en ajoutant un U à mon nom, la prononciation devenait celle de l'anglais ou de l'allemand, ce qui avait réglé son problème et qui est devenu le mien au fil du temps...
Je le regrette aujourd'hui et surtout depuis que j'écris des romans. En même temps, aucune filiation avec Philippe Roth, ni Joseph Roth... ni familiale, ni dans le talent.
J'en ai beaucoup plus?! (Je déconne... pour ceux qui prendraient mes blagues au premier degré)

– 3e roman en 2019, le 1er en 1999 « Le Brie ne fait pas le moine » puis « Fin de Série » en 2010. Donc le 4e en 2028 ou 2029 ?
3 romans, 3 éditeurs, Baleine, Michel Lafon et De Borée en 2019. Vous êtes un auteur peu fidèle ?

Inversons les choses. Peut-être que les éditeurs poussent à l'infidélité ?
Mon premier a fait faillite, mon second a été parfaitement absent pour promouvoir « Fin de Série ».
Le troisième "De Borée", qui a eu la gentillesse de publier le deuxième « Fin de Série » en format poche, était dans les tourmentes d'un rachat par un groupe et une restructuration,
mais aujourd'hui la nouvelle directrice littéraire est beaucoup plus compétente que son prédécesseur, un allemand venu du marketing et qui ne savait pas ce qu'était un auteur.
Cela pourrait me pousser à rester chez eux pour un projet qui ne serait pas un polar.

— Pouvez-vous nous parler un peu de "De Boree" ? De leur collection « Marge Noire » ?

Je viens d'en parler un peu. "Marge Noire", c'est la collection « polar » de cette maison d'édition dont l'ADN et le catalogue est ancré dans le régionalisme.
Nous sommes quelques auteurs à faire exception à ce genre. En réalité je ne connais pas bien cette maison. J'ai atterri chez De Borée, par amitié.
C'est d'ailleurs cet ami, qui va répondre à la question suivante. (Je sais, je pourrais faire mieux)

– « La petite mort de Virgile » en quelques phrases ?

Comme je ne sais pas trop parler de mon propre travail je vais citer mon ami Eric Yung, qui était à l'époque directeur littéraire lors de mon entrée chez De Borée.
Éric est un écrivain et un journaliste remarquable. Je vous conseille "La Tentation de l'Ombre."

« Christian Rauth a voulu, par le récit, conduire les lectrices et lecteurs bien au-delà des frontières classiques du roman policier.
Il a, semble-t-il, choisi de donner aux crimes commis par les héros du livre une “forme d'humanité”.
C'est curieux, paradoxal et bizarre dirons peut-être certains, mais la formule semble juste, car la “Petite mort de Virgile” est construite entièrement sur une belle histoire d'amour.
Or, tout le monde le sait, “l'amour et le crime” composent depuis des siècles les plus belles tragédies.
Une raison suffisante de lire, aujourd'hui ou demain, “La petite mort de Virgile”. »


– Votre « vie professionnelle » : « acteur et scénariste », est-ce le résumé le plus précis ?

J'ai fait tellement de choses différentes dans ma vie...
De la mise en scène au théâtre, j'ai été directeur de troupe aussi, j'ai même chanté dans un opéra Contemporain.
Je suis scénariste et acteur certes, mais beaucoup moins maintenant...
Aujourd'hui, disons que je suis auteur de romans, c'est mon activité principale en termes de temps consacré.

– J'ai lu (je ne regarde plus la télé depuis les années 1990) « l'un des mulets de Navarro, aux côtés de Roger Hanin »
(j'ai vaguement entendu causer du beau-frère de François M. et de la série télévisée).
Donc vous êtes « quelqu'un qu'on reconnait dans la rue » ?

Par une certaine génération, oui... La mienne essentiellement.
Les gamins ne me connaissent pas, ou très peu.
Sauf ceux qui regardaient une série que j'avais créée sur les éducateurs de rue, pour France 2, celle dont je suis sans doute le plus fier et qui s'appelait LES MONOS.

– Dans votre vie, il eut également « Omnibus » : « court-métrage français par Sam Karmann, sorti en 1992.
Il a obtenu la Palme d'or du court-métrage, le BAFA du meilleur court-métrage et l'Oscar du meilleur court-métrage de fiction. »
Pouvez-vous me résumer ce que ce succès a changé à votre vie ?

Rien. Je ne peux pas mieux résumer.
Le cinéma n'a pas fait appel à moi pour écrire alors que je suis à l'origine de l'histoire et que j'ai co-écrit le scénario final...
et Sam Karmann ne m'a jamais fait tourner dans ses films après le succès d'Omnibus.
Aucune aigreur dans ma réponse. À l'époque, je n'ai sans doute pas fait ce qu'il fallait pour « plaire ou séduire ».
Il faut aimer passer du temps dans les projections, les soirées, les clubs de ceci ou cela et je suis un peu sauvage ou timide.
Je vais dire comme Groucho Marx : « — Jamais je ne voudrais faire partie d'un club qui accepterait de m'avoir pour membre ».

— Donc, tout cela, c'est l'expérience qui fait le romancier ?
Auriez-vous pu écrire ce roman à 30 ans ou l'expérience de cette vie vous semble avoir été indispensable ?

Indispensable pour moi. Il n'y a que les génies, les hyper sensibles qui peuvent écrire des romans à 20 ans.
Radiguet avait 20 ans quand il a écrit "Le Diable au Corps" et "le Bal du Comte d'Orgel."
À trente ans on a déjà une certaine expérience et il est possible d'écrire de très bons romans.
Mais moi, je suis un lent. Un lent complexé. Jamais je n'aurais osé écrire un roman à 30 ans.
À trente ans, j'ai écrit ma première pièce de théâtre... et encore, c'était une traduction.

— Quelles sont vos influences littéraires ?

Jeune, j'ai été marqué par Henry Miller, Antonin Artaud... mais aussi par des auteurs plus « légers » que j'adore encore aujourd'hui,
tels René Fallet ou Alphonse Boudard.
Dans la littérature policière Simenon est ma référence pour sa capacité à évoquer une atmosphère, un milieu social en quelques phrases.
Et pour la sobriété de son style. (Enfin?! Pas dans ses premiers Maigret, dont le style est parfois curieusement décousu).
Mes trois grandes références anglo-saxonnes sont D Wesltlake, Stuart Kaminsky, et Tom Sharp qui n'écrit pas des polars, lui.
Je conseille à tous de lire "Wilt 1" de Sharp. Je n'ai jamais autant ri en lisant un roman.

– J'ai eu envie d'un épilogue 2 à « La petite mort de Virgile » : « Le service » ne pouvant croire au suicide de Virgile, assassine Timon.
Et Gina découvre des notes. Cet épilogue 2 vous a tenté, effleuré ?

Absolument pas, mais c'est amusant. Cela nous entraînerait dans un autre type de roman. Un roman d'espionnage.

— Participez-vous à de nombreux salons du livre ? Manifestations littéraires ?

Oui. J'en ai fait déjà une bonne douzaine et en ferai encore une petite dizaine jusqu'en août septembre.

— Le 9 août 2020 : Montcuq en Quercy Blanc, son salon du livre... Peut-être?!
Êtes-vous déjà venu dans le département du Lot ? S'il peut se dérouler, aurons-nous la chance de vous y voir, recevoir ?...

Aïe?! le 9 août je serai au Festival Blues et Polars à Manosque... Vraiment vraiment pas de chance... Mais je réserve le prochain.

– Et la question traditionnelle : « qu'est-ce qu'un écrivain ? »

Je vais citer Antoine Blondin qui avait une définition parfaite du métier selon moi. « Écrire, ce n'est que litre et ratures. »


J'ignore si des internautes consulteront l'ensemble de cette vidéo.
Mais si au moins, elle apporte quelques envies de lire les oeuvres de Christian Rauth, c'est déjà ça.

Voilà Christian, en vous remerciant.
Vous resterez donc dans l'histoire le dernier dans cette aventure littéraire d'un prix réellement indépendant.




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