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Eric FouassierEric Fouassier fut le premier lauréat des prix littéraires 2011. Avec Le Traducteur, publié en 2010 par éditions Pascal Galodé. |
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salon du livre : - Votre biographie littéraire semble débuter vers l'an 2000... quelle fut votre vie avant le dernier changement de millénaire ? Eric Fouassier : - J’ai commencé par exercer tout un tas de métiers très différents les uns des autres : pompier, pilote de course, ingénieur des fleurs, inspecteur de police, chercheur d’or, mousquetaire, cow-boy solitaire... Et puis un beau jour, disons vers l’âge de 7-8 ans, je me suis dit que le temps était venu de se poser et de raconter tout ça. Alors j’ai écrit mes premiers livres : des histoires de quatre ou six pages que j’illustrais de dessins, que je reliais avec des attaches parisiennes et que je vendais à ma maman – ma toute première lectrice !- pour le franc symbolique ! Vous l’aurez compris, l’imagination a été pour moi, très tôt, la source de tout. J’adore raconter des histoires et les transmettre aux autres. Après ces premiers essais d’enfant qui auraient pu rester sans suite, il se trouve qu’à 14 ans je suis tombé sous le charme d’un livre : « L’âne culotte » d’Henri Bosco. Ça a été pour moi une révélation. Pour la première fois, je prenais conscience du pouvoir de l’écriture, du véritable charme sous lequel un livre pouvait tenir son lecteur. Et c’est ainsi qu’à 15 ans j’ai écrit mon premier manuscrit. C’était un roman policier, très mauvais, une pâle copie d’Agatha Christie mais depuis, le virus de l’écriture ne m’a plus quitté. - Quand avez-vous cherché à vous faire éditer pour la première fois ? C’est à dix-huit ans que j’ai décidé de franchir le pas. J’ai envoyé le manuscrit d’un roman plutôt littéraire aux éditeurs. Comme je ne connaissais rien à ce monde de l’édition, avec l’insouciance du naïf, j’ai opté pour Gallimard, Grasset et le Seuil. Rien que ça ! Les deux premiers m’ont refusé avec une lettre passe-partout, mais un directeur littéraire du Seuil m’a envoyé une longue lettre manuscrite de deux pages où il m’expliquait que mon texte était encore inabouti mais que c’était très encourageant, qu’il croyait en moi et qu’il était très désireux de lire mon prochain manuscrit. Comme j’étais totalement ignorant des pratiques du milieu littéraire, j’ai pris ça pour un échec cuisant ! J’ai rangé mon manuscrit dans un tiroir et j’ai entamé de longues études (la pharmacie d’abord, le droit ensuite). Dans mes moments de loisirs, je continuais à lire et à écrire bien sûr. Mais je crois que j’avais un peu abandonné l’idée d’être un jour écrivain. - Comme un certain Georges Flipo (lauréat 2010), vous avez débuté par des nouvelles... et récolté de nombreux prix. Les "concours de nouvelles", est-ce une bonne manière de se faire remarquer ou de former sa plume (ou les deux !) ? En 2000, alors que je venais d’être nommé professeur des Universités et que ma carrière professionnelle était assurée, un concours de nouvelles a été organisé par la ville où j’habite. Le président du jury était Alain Absire, président de la Société des gens de lettres et auteur de livres que j’avais aimés auparavant. C’était tentant de participer. J’ai envoyé un texte dont j’avais écrit la première version vers 18 ans mais que j’ai remanié pour l’occasion. Il se trouve que j’ai remporté ce concours. C’était l’impulsion dont j’avais besoin pour renouer avec mes rêves de jeunesse. Mais j’étais plus lucide sur le monde de l’édition. N’ayant pas un nom connu, ne possédant aucune relation dans ce milieu, je me suis dit qu’il fallait que je me construise petit à petit un CV, comme on le doit faire pour bâtir une carrière à l’Université. Les concours de nouvelles représentaient de ce point de vue une belle opportunité. Très vite, je me suis aperçu qu’ils offraient beaucoup d’avantages : ils permettent effectivement d’améliorer son écriture en obligeant à se plier à des contraintes de thèmes, de longueur ; ils vous obligent à écrire régulièrement en respectant des dead lines (vous ne pouvez pas rester des jours et des jours devant la page blanche en attendant que l’inspiration vienne) ; ils vous permettent, si vous êtes distingué, de commencer à diffuser vos textes en les publiant en revue ou dans des recueils collectifs. Et puis surtout, ces concours vous permettent de faire des rencontres et de nouer des amitiés : avec les organisateurs, avec les écrivains membres des jurys, avec d’autres concurrents. Georges Flipo, par exemple qui a remporté effectivement votre prix l’an dernier fut l’un de mes grands adversaires de ces années-là mais, au fil des ans, il est devenu aussi un fidèle compagnon de plume. |
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salon du livre : - Vous avez la liste des concours remportés ? Eric Fouassier : - Après ma première réussite de 2000, j’ai d’abord écrit plusieurs dizaines de nouvelles. Puis j’ai commencé à écumer les concours pendant 5 ans environ, entre 2003 et 2007. Il m’est arrivé d’en faire jusqu’à 40 dans l’année ! Au total, j’ai glané une soixantaine de prix, dont une vingtaine de premiers prix. (liste ci-dessous) - Ces nouvelles... Georges Flipo justement, je viens de le découvrir, les commente. "Il choisit les bons sujets... construction surprenante... très déroutant..." Vous pouvez parler de vos nouvelles ? Que disent-elles ? Mes deux premiers livres édités ont été précisément des recueils de nouvelles. C’est un genre que j’apprécie particulièrement parce qu’il exige une grande rigueur d’écriture. Vous ne pouvez pas vous permettre de digressions. Il faut aller à l’essentiel. Assez curieusement, alors que je possède une nature plutôt calme et sereine, mes textes courts sont souvent sombres et durs. C’est peut-être le genre qui veut ça. La nouvelle se limite souvent au point culminant d’une histoire, à son paroxysme. Je sais, bien entendu, qu’on peut écrire de très belles nouvelles légères ou même carrément humoristiques, mais je trouve aussi que c’est beaucoup plus difficile. - On finit toutes et tous par se connaître, dans l'univers des nouvelles ? Effectivement, le monde de la nouvelle est beaucoup plus petit que celui du roman. Et c’est encore plus vrai pour l’univers des concours de nouvelles. Pour peu que vous restiez « dans le circuit » plusieurs années, vous finissez par connaître beaucoup de monde. La preuve d’ailleurs que c’est une bonne porte d’entrée vers l’édition, c’est que presque tous les amis que je me suis fait à cette époque des concours ont fini par publier leurs livres chez des éditeurs ayant pignon sur rue : Georges Flipo, Emmanuelle Urien, Alain Emery... - Vous publiez donc des nouvelles en magazines et recueils collectifs. Vous êtes contacté suite aux prix ou démarchez ? Les deux mon capitaine ! Comme je l’ai dit : la victoire à certains concours s’accompagne de la publication de votre texte dans une revue ou en recueil collectif. Mais évidemment, plus votre nom commence à être connu, plus vous arrivez à caser vous-même vos textes auprès des magazines spécialisés. Mais attention, il faut rester lucide ! La diffusion de ces recueils collectifs ou des revues consacrées à la nouvelle reste très limitée, voire confidentielle. C’est une première marche. Intéressante puisqu’elle vous permet de toucher un premier lectorat. Mais insuffisante si vous voulez vraiment devenir écrivain. - En 2007, le premier roman Morts thématiques, publié par Pascal Galodé, pourquoi être passé au roman ? En réalité, je ne suis pas passé au roman mais j’y suis revenu. L’avantage d’une nouvelle, c’est que vous avez rapidement une oeuvre aboutie et que vous n’avez pas besoin de vous immerger dans votre travail d’écriture. C’est à la fois plus satisfaisant pour quelqu’un qui débute et incontournable quand, comme moi, on a en parallèle une activité professionnelle prenante. En revanche, j’avais très envie de revenir au roman. Parce que du point de vue de l’écriture, cela permet d’aller plus loin dans la construction d’une histoire, la psychologie des personnages... Aussi parce que le roman est le genre le plus prisé par les éditeurs et les lecteurs et que j’avais envie de toucher un plus large public. Donc, dès que mon métier de professeur m’a laissé un peu plus de loisirs, j’ai écrit ce roman « Morts thématiques ». Je l’ai envoyé par la poste à 3 ou 4 éditeurs. 15 jours après, Pascal Galodé m’appelait sur mon portable. Il avait adoré le livre et voulait absolument le publier. Le rêve de tout écrivain ! - Les éditions Pascal Galodé, vous pouvez nous les présenter ? Les éditions Pascal Galodé ont environ 5 ans d’existence et sont localisées à Saint-Malo. C’est une maison d’édition moyenne. Ce que j’apprécie chez eux, c’est qu’on a à la fois les avantages d’une petite maison d’édition (la proximité avec l’éditeur, un droit de regard sur tous les aspects du livre : la couverture, le résumé de quatrième de couverture...) et ceux d’une grande maison (Pascal Galodé a exercé les fonctions de directeur littéraire chez de grands éditeurs et il connaît particulièrement bien le milieu ; mon attachée de presse vient également d’une grande maison d’édition et possède une expérience inestimable dans son domaine ; enfin les livres sont diffusés par SODIS et disposent donc d’une excellente mise en place). Tiens ! Voilà justement un point qu’on méconnaît totalement lorsqu’on est encore amateur et qu’on cherche à se faire éditer : lorsqu’on choisit une maison d’édition petite ou moyenne, il est essentiel de savoir par qui elle est diffusée. Cela conditionne la visibilité de votre livre et donc ses possibilités de toucher le lectorat. - En 2010, vous publiez un nouveau roman LE TRADUCTEUR auquel vient d’être attribué le prix www.salondulivre.net. Pouvez-vous nous en résumer l’histoire ? Alexandrie, printemps 1923. Le narrateur, un jeune rentier désoeuvré et quelque peu naïf, se prend de fascination pour un troublant personnage. Ancien médecin mis au ban de la bonne société, Gabriel Prometh l’entraîne à sa suite dans la quête d’un ouvrage mythique, dont l’Histoire a conservé quelques maigres traces et qui constituerait un chapitre oublié de la Bible. Dans leur recherche qui les conduit de la grande bibliothèque d’Alexandrie jusqu’en Ethiopie, les deux hommes vont mettre leurs pas dans ceux du plus inattendu des guides : Arthur Rimbaud lui même ! C’est en décryptant un mystérieux rébus que le célèbre poète a dissimulé dans une de ses oeuvres que Prometh et son compagnon atteignent le dernier refuge de l’une des tribus perdues d’Israël et retrouvent le livre qui en retrace l’épopée. Bouleversés par cette découverte, ils iront jusqu’au meurtre pour s’en emparer. De retour en France, après un voyage pour le moins émaillé de péripéties, Prometh s’isole en compagnie du narrateur pour s’attaquer à la traduction de l’ouvrage et satisfaire son commanditaire, un célèbre éditeur parisien. Le livre est en effet écrit en Amodéen, une langue oubliée que Prometh est sans doute le dernier homme au monde à savoir déchiffrer. Ce huis clos débouchera sur la plus formidable mystification littéraire de l’Histoire. Prometh accède enfin à la gloire qu’il a tant recherchée. En quelques mois, il devient la coqueluche du Tout-Paris. Le narrateur, qui a pris ses distances avec son étouffant mentor, assiste de loin à ce triomphe dont il connaît trop bien le prix, qui est celui du mensonge et du sang. Il demeure pourtant toujours fasciné par la personnalité ambiguë de Prometh et, alors qu’il pense ne plus jamais revoir celui-ci, il croise à nouveau par trois fois sa route. Ces trois rencontres, situées sur une période de presque trente ans, permettent au narrateur de comprendre enfin pourquoi Prometh a finalement fui les honneurs et mené une existence d’ermite, avant de finir ses jours dans un asile d’aliénés. Mais surtout elles lui dictent le seul acte susceptible de lui valoir le rachat de ses fautes... - La quête d'un manuscrit, c'est votre quête ou le souhait de montrer ce qui peut alors arriver quand on ne trouve pas vraiment ce que l'on cherche ? Il y a en effet, dans l’histoire du Traducteur, une sorte de parabole sur l’écriture. Tout auteur est par définition un menteur, un mystificateur en quête d’absolu. Et donc quelqu’un qui n’atteint jamais vraiment le but idéal qu’il s’est fixé. C’est du moins comme cela que je conçois les choses. - Après de nombreuses récompenses avec vos nouvelles, c'est la première pour un roman... des différences dans les émotions ? Le plaisir est là dans les deux cas, bien sûr ! Mais l’intensité n’est pas la même. Gagner un concours de nouvelles, c’est bien mais cela consacre un travail de quelques jours, un texte de quelques pages. Voir un livre entier récompensé, c’est autre chose ! L’investissement personnel, la charge affective ne sont pas les mêmes. Là, c’est un travail qui s’est étalé sur plusieurs années qui se voit primer. Par exemple, dans le cas du Traducteur, il faut savoir que j’ai écrit la première version du manuscrit à 27 ans, juste à la fin de mes études de pharmacie. J’ai ensuite repris le tout en 2009, en ne changeant rien à la trame de l’histoire, mais en gommant des imperfections de style et en rééquilibrant les trois parties du livre. Et puis voir son livre primé, c’est aussi pouvoir espérer toucher de nouveaux lecteurs, ne l’oublions pas ! - Vous avez participé à ce prix littéraire SALON DU LIVRE du NET, participez-vous aux salons du livre des villes ? Serez-vous à Paris ? Je participe à une dizaine de salons par an environ. En général, ce n’est pas moi qui choisis lesquels mais l’éditeur qui me fait des propositions. J’avais participé les deux dernières années au salon du livre de Paris, mais je n’y serai pas en 2011. En revanche, je vais bientôt participer au salon du roman policier de Lens, les 26 et 27 mars prochains et au salon Plume de glace de Serre-Chevalier, les 9, 10 et 11 avril prochains. Dans les deux cas, mon roman Morts thématiques se trouve dans la sélection finale du prix qui sera décerné sur le salon. - Vous êtes professeur d'université... Vous souhaitez continuer à concilier écriture et enseignement ou vous consacrer à l'écriture ? Vous savez, il y a très peu de gens qui vivent réellement de leur plume en France. Beaucoup moins en tous cas que ne se l’imagine le grand public ! Pour ma part, je n’atteins pas encore les chiffres de vente qui me permettraient de me poser la question. Mais même si c’était le cas, je n’abandonnerais pas mon métier de professeur. D’abord parce qu’il me plaît et me permet de ne pas être déconnecté de la vraie vie. Ensuite parce qu’il m’enlève de la pression vis-à-vis de l’écriture et de l’édition. Je reste libre d’écrire ce qui me plait sans me soucier de savoir si c’est « vendeur » ou non, dans l’air du temps ou pas. - Votre ambition artistique ? Avant tout rester sincère avec moi-même. C’est à dire continuer d’écrire en fonction de ce que je ressens. Sans sacrifier à la mode ou au besoin d’être absolument en tête des ventes. - Qu'attendez-vous d'Internet ? Internet, c’est le meilleur et le pire. Le meilleur, c’est de pouvoir échanger ses expériences avec d’autres auteurs, aller à la rencontre de ses lecteurs. Le pire, ce sont par exemple les avis de certains blogueurs truffés de fautes d’orthographe et dénués de toute pertinence (et je ne parle pas là forcément de mes livres qui ont plutôt reçu un très bon accueil sur la toile). Le problème, c’est qu’il n’y a pas de transparence sur le Net. Vous ne savez pas qui écrit pour encenser ou détruire un livre. - Le livre numérique, forcément, il va exister. Les tablettes ont besoin de contenu ! Que pensez-vous de l'édition numérique ? Tout ce qui permet de diffuser l’écrit et d’amener les gens à la lecture doit être considéré avec attention. En même temps, je crois vraiment que les lecteurs acharnés ne sont pas prêts d’abandonner le livre papier. Il y a aussi un rapport à l’objet qui compte ! Par exemple, moi, avant de commencer un livre, j’aime bien l’apprivoiser en le promenant un ou deux jours d’une pièce à l’autre, en le reniflant, en le feuilletant, en picorant ici ou là une phrase ou deux. - Quel est, pour vous, le juste prix d'un livre numérique, quand disons, le livre papier est à 20 euros ? Pour moi, le livre numérique est viable si son prix n’est pas supérieur à celui d’un livre de poche (entre 6 et 8 euros). C’est en tout cas le prix que je serais, moi, prêt à payer pour avoir un livre qui ne sera précisément pas disponible en poche. - LE TRADUCTEUR est vendu en livre numérique ? Non et je ne tiens pas à ce qu’il le soit, au moins tant que l’édition normale est encore en place chez les libraires. Mon seul ouvrage disponible sous forme de livre numérique est l’un de mes recueils de nouvelles « Petits désordres familiers » qu’ont peut se procurer sur le site de l’éditeur D’un Noir Si Bleu (http://www.dunnoirsibleu.com ) - Votre quotidien... l'écriture du prochain roman ? Je suis en fait en train de corriger l’ultime jeu d’épreuves de mon nouveau roman « Rien qu’une belle perdue » qui doit paraître le 14 avril prochain, toujours aux éditions Pascal Galodé. Il s’agit à nouveau d’un roman policier où l’on retrouve le commandant Gaspard Cloux qui était déjà le héros de mon premier roman « Morts thématiques ». Par ailleurs, je suis en train de rédiger un autre roman programmé pour 2013 mais il est encore un peu trop tôt pour en parler...
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