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salon du livre : - Et d'ailleurs vous vous faites remarquer ! Votre nom apparaît dans la plupart des grands concours de nouvelles. Vous avez une petite liste ? Georges Flipo : - Certains auteurs comme Françoise Guérin et surtout Emmanuelle Urien (ancienne lauréate de votre prix) ont gagné plus de prix que moi. J’en ai quand même gagné un bon nombre : je dirais un peu plus de cinquante, la liste est longue, je ne vais pas faire du remplissage. Un peu à la fois, je me suis de plus en plus concentré sur les grands , mais certains d’entre eux m’ont toujours échappé : Albertine Sarrazin, Bérenger de Fredol, La Mandragore, CROUS, Hemingway... J’étais souvent sur le podium, mais pas vainqueur pour autant. Vous voyez, je ne suis pas rancunier : je parle plus de des concours perdus que des gagnés. - Ces nouvelles... Que disent-elles ? Des titres sont-ils significatifs ? Mes titres sont rarement significatifs, car je ne leur donne guère d’importance. C’est ce que je travaille le moins dans mes textes. Ces premières nouvelles partaient dans tous les sens : fantastique, noir, contes, voyages, critique sociale, humour noir. C’est un peu à la fois que je me suis concentré sur les trois derniers registres : tableaux sociaux ou voyages, souvent traités sur le mode de l’ironie. - Vous publiez aussi des nouvelles en magazines et recueils collectifs. Vous êtes contactés suite aux prix ou démarchez ? On me proposait ces publications après des succès en concours. Cela ne m’a jamais paru très important : je n’ai démarché personne. Et j’ai souvent dit non, quand je le pouvais. - Des prix aux publications, on vous retrouve sur France-Bleu avec des nouvelles diffusées dans l’émission Les petits polars. Comment est-ce arrivé ? Par surprise, par hasard. Une productrice radio, Claire Kheitmi, avait lu sur internet une de mes nouvelles (comme quoi cela vaut la peine de laisser traîner quelques bons textes sur la toile) et m’a appelé pour me demander si je pouvais lui écrire des nouvelles policières pour son émission Les petits polars . Je lui ai dit que non. Pas par modestie, mais par réalisme : je n’avais écrit qu’une seule longue nouvelle policière. Elle m’a alors proposé d’écrire du noir, et je lui ai dit presque non : je ne me sentais capable que d’écrire du noir qui se moquait du noir. Là, c’est elle qui m’a dit oui. - Le transfert s’est bien passé ? Magnifiquement. Je garde de cette collaboration avec Claire un très beau souvenir : c’est une directrice fine dans ses remarques, claire dans ses demandes de corrections et exquise dans les rapports humains. Avec elle, j’ai compris les contraintes des nouvelles pour la radio. J’ai ainsi écrit plus de 70 textes pour France-Bleu (Radio France) qui ont fait l’objet de très belles mises en onde. Ils m’ont aussi apporté d’appréciables revenus d’auteur. - Quand avez-vous cherché à vous faire publier ? Très vite. Je n’avais pourtant aucun rêve de publication quand j’ai commencé les concours de nouvelles, mais j’ai rencontré, lors des remises de prix, des journalistes littéraires et surtout des auteurs (Serge Brussolo, Henri Vernes, Grégoire Pollet) qui m’ont incité à chercher un éditeur. J’ai tenté cela avec une joyeuse inconscience : j’ai préparé un recueil sans savoir qu’il était très difficile de commencer par des nouvelles dans l’édition. J’ai envoyé le recueil à plusieurs bonnes maisons, dont Anne Carrière, qui m’a aussitôt dit oui. Ce recueil La Diablada est sorti un an plus tard, en 2004. Le recueil sur le monde de l’entreprise, L’Étage de Dieu , a suivi deux ans plus tard. - En 2007, le premier roman Le Vertige des auteurs, publié au Castor Astral, pourquoi être passé au roman ? J’étais très content d’écrire des nouvelles, mais, en discutant avec les auteurs ou les directeurs littéraires dans les salons du livre, j’ai compris qu’il fallait écrire des romans pour être pris au sérieux. J’ai pondu ce premier roman pour voir si j’en étais capable. - Et le sujet... concerne notre petit monde de l'édition... vous avez puisé votre inspiration dans la fréquentation des salons du livre ? Un peu dans les salons et les concours, beaucoup dans mes fantasmes (j’ai vécu l’anti-expérience du héros : ses déboires, c’étaient tout ce que je ne voulais pas connaître), et surtout dans la fréquentation des forums d’auteurs amateurs. - Ce roman est finaliste du Grand Prix de l’humour noir, co-lauréat du Festival du premier roman... Vous pensez alors que finalement, vous êtes peut-être vraiment fait pour le roman ? Oui et non : je reste un bilingue romans/nouvelles. Mais j’ai constaté que je pouvais travailler dans un registre différent quand j’allais dans le roman : description d’univers professionnels dans un registre d’humour noir plus féroce. - En janvier 09 Le film va faire un malheur, votre second roman, le milieu du cinéma... et une nouvelle récompense... est-ce le sentiment d'avoir atteint un objectif ? Oui. J’ai été enchanté et rassuré d’obtenir ce prix. Je donne une grande importance aux prix littéraires. Est-ce parce que je cultive un certain complexe d’imposture ? J’aime que chacun de mes livres obtienne son bandana rouge : je considère cela comme une légitimisation du travail accompli. - La durée de vie d'un livre d'un roman étant (malheureusement !) de quelques semaines, au mieux mois, pensez-vous que ce prix puisse relancer "la médiatisation" ? Je crois plutôt à un circuit indirect : je vais participer cette année à de nombreux salons, dont environ 50% spécialisés en policiers. J’y présenterai à la fois Le film va faire un malheur et mon nouveau roman La commissaire n’aime point les vers. Je pourrai mettre en valeur Le film... avec son prix Salondulivre.net, ce qui peut créer plus de ventes, et peut-être des interviews. Cette mise en valeur pourra créer du bouche à oreille, puis des ventes, puis un second souffle en librairies. - Le personnage le plus attachant étant le truand... est-ce un message social ? Non, il n’y a jamais de vrai message social dans mes films [lapsus révélateur du romancier] : il y a des portraits, des situations, et le lecteur en tire les conclusions qu’il veut. Dans le livre, le truand et le réalisateur jouaient surtout un rôle de binôme littéraire : le truand était le héros de la tragédie classique, avec sa confiance en son destin, sa force morale, sa générosité, sa brutalité, c’est l’homme qui veut la gloire. Le réalisateur est le héros de la farce moderne, avec son adoration pour son ego, sa versatilité, son égoïsme, sa lâcheté, c’est l’homme qui ne veut que la célébrité. On aurait pu inverser les rôles, mais c’était moins intéressant comme contraste. - En février 2010, un premier roman policier La commissaire n’aime point les vers , cette fois à La Table Ronde. Roman, roman policier, le style reste dans la même verve mais la construction et l'intrigue change ? Le roman que salondulivre.net vient de primer est une comédie policière, mais pas encore un pur polar. J’ai voulu, avec La commissaire... , construire un policier 100% policier très classique, presque académique, mais en lui donnant un ton, un regard de l’héroïne, qui le faisaient déraper et sortir des poncifs. Un des premiers commentaires, celui d’un journaliste spécialiste du genre, m’a fait un immense plaisir en m’écrivant : C'est drôle, spirituel à souhait, finement troussé, léger... Vous utilisez les clichés du genre pour mieux les railler et les faire vôtres. Appelons ça, la "Flipo's touch" . Rien qu’à relire cela, je pars en lévitation. - Ecrit-on d'abord pour soi ? Pour se connaître ? Pour sortir des démons ? J’écris peut-être pour trouver des lecteurs, j’écris surtout pour les lecteurs qui me trouvent, mais je n’écris certainement pas pour moi . Ce serait un alibi de fainéant qui ne veut pas peaufiner son écriture, qui ne veut pas étudier les suggestions de corrections. Je n’écris pas non plus pour me connaître, je me fréquente suffisamment. Ni pour expulser mes démons qui ont droit à leur carte de séjour, depuis le temps qu’ils sont là. - Vous êtes complètement sincère, en répondant cela ? Presque : disons qu’en me relisant, il m’arrive parfois de me redécouvrir. Surtout quand j’ai l’impression de voir revenir quelques idées fixes dont je n’étais pas conscient. - Votre ambition artistique ? J’aime bien votre question. Oui, j’ai une ambition artistique. Modeste et réaliste, mais présente. Je veux qu’on puisse dire à chaque page C’est bien écrit . Quand un passage d’une nouvelle ou d’un roman ne me donne pas satisfaction en termes de belle écriture, il m’arrive de changer l’histoire pour éviter ce passage. - Votre blog est très bien référencé par google. Quel rôle tient-il dans votre vie ? Le rôle, c’est compliqué à expliquer, très paradoxal. C’est une sorte de vitrine animée. Je viens justement d’en parler sur mon blog. Je peux parler de la place : elle est trop grande, mais irremplaçable. - - Qu'attendez-vous d'internet ? Une facilitation des échanges. - Vous êtes écrivain... vous le savez désormais... ce savoir génère le regret de ne pas avoir débuté plus tôt cette aventure ou pensez-vous que l'errance publicitaire fut une formation indispensable ? Ce n’était pas une errance, c’était une voie : la voie vers des revenus permettant d’avoir une maison, d’élever mes enfants, de leur payer des études. J’y ai appris à très bien utiliser très peu de mots, notamment dans les dialogues. Cela dit, oui, je regrette de n’avoir pas basculé vers l’écriture dix ans plus tôt. - Sony et Amazon essayent de lancer le livre numérique. Apple en mars le fera aussi. Que pensez-vous de l'édition numérique ? Le plus grand mal tant qu’on ne pourra pas feuilleter ces livres. Le plus grand mal si l’on continue à m’expliquer que c’est un progrès irréversible. Le plus grand mal dès qu’on pourra les pirater. Bref, le plus grand mal. - Pensez-vous qu'une simple baisse de 10% du prix du livre numérique par rapport au livre papier va inévitablement conduire à un échec de ce modèle économique ? Non. - Comme dans la musique, le prix exorbitant demandé pourrait pourtant engendrer la mise en place d'un réseau de gratuit illégal... Vous ne croyez pas ? Si, je le crains. Mais je ne suis pas d’accord avec vous : le prix des livres n’a rien d’exorbitant. Un livre, c’est en moyenne deux places de cinéma. - Quelles sont vos relations avec les médias, les libraires, les organisateurs de manifestations artistiques ? Elles ont longtemps été poussives et coincées, car je les considérais comme une contrainte. Je les vis maintenant de façon plus libre, donc bien plus agréables et fructueuses. - Votre actualité... c'est donc ce premier roman policier... son adaptation au cinéma serait une manière de revenir au film va faire un malheur ? Oh, ce serait très amusant, car c’est un milieu que je connais bien, par la pub... Je continue à espérer qu’on adapte mon roman Le film va faire un malheur, dont tous les lecteurs me disent que ce serait un beau film, mais l’adaptation de La commissaire n’aime point les vers paraît plus évidente. Le site, le blog et des commentaires sur Georges Flipo.
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