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salon du livre : - Les oeuvres alimentaires, comme vous les définissez, sont aussi une manière de former votre plume ? Comment en arrive-t-on à vous proposer une biographie de Yannick Noah aux éditions L'Archipel ? Jean-Laurent POLI : - Bien sûr on se forme en écrivant même si l’écriture journalistique est différente de l’écriture de fiction. Je ne regrette pas du tout ce livre sur un tennisman. Paradoxalement je suis arrivé à Yannick Noah par la littérature d’avant-garde. J’avais publié des textes dans une revue philosophique et littéraire très « intello », exigeante et... confidentielle. Un de ses fondateurs m’a indiqué que Belfond fils cherchait un auteur pour réaliser une biographie du « français le plus aimé des français ». J’ai accepté. C’était un travail purement journalistique. Je ne connaissais pas Noah, j’ai cherché le croustillant, la « petite bête », j’ai découvert un homme désarmant de gentillesse. - Le pamphlet contre les animateurs de télévision, publié chez Aléas... oeuvre alimentaire aussi ? Non, je suis très fier de ce livre qui n’a pas beaucoup marché malheureusement mais qui conserve une actualité intacte. « Abécédaire obséquieux des gens de télévision » est un livre vraiment littéraire, une suite de faux éloges, de panégyriques pipés, en réalité une critique dévastatrice des personnalités de la télévision. Il a été préfacé d’ailleurs par un critique important mais je n’ai été reçu par aucune chaîne pour en parler, exceptée une chaîne de télévision locale, lyonnaise de surcroît et dont il faut saluer l’audace. Une journaliste du service public m’avait expliqué elle, par écrit, qu’elle ne pouvait critiquer les animateurs de la chaîne. Bel aveu dont je me suis souvenu quand des quelques années plus tard j’enseignais des rudiments de déontologie de la presse aux étudiants de l’Université Paris 8. Mon livre prophétisait le remplacement des journalistes par des animateurs. Ce qui est devenu courant aujourd’hui. Dans le domaine culturel par exemple, c’est l’animateur (pensez à Ruquier) qui préconise, donne le ton, conseille ou au contraire élimine, écarte. Vous avez aussi maintenant certains journalistes qui se comportent comme des animateurs... - Quant au bilan dressé en 2009 de notre Président de la République (chez City Edition) ? Là encore, il s’agit d’ un travail journalistique qui raconte l’arrivée au pouvoir du Président Sarkozy et fait un bilan des deux premières années du quinquennat. J’avais réalisé un blog de la campagne avec l’écrivain Serge Rivron sous forme « épistolaire » et j’étais complètement immergé dans cette campagne. CITY éditions qui est dirigée par un ancien journaliste lançait une collection d’actu intitulée « Documents » et il m’a commandé l’ouvrage. - Vos premiers livres publiés... au niveau des droits d'auteur, avez-vous négocié des taux intéressants ou accepté ceux proposé ? Au niveau des ventes, qu'avez-vous pensé du fonctionnement du monde de l'édition ? Au début on est heureux d’être publié, on ne fait guère attention. Pour les livres de « journalistes » ils doivent être amortis très vite, autant négocier des à-valoir convenables avant de démarrer si cela est possible. Pour les ouvrages littéraires, c’est plus dur mais on dispose de...l’éternité pour percevoir quelque chose. - Vous avez aussi été rédacteur en chef de "La Lettre du Gouvernement" (officiellement un bimensuel de 10 pages diffusé à 80 000 exemplaires, que je n'ai jamais lu) sous Lionel Jospin. Un travail plus politique que journalistique ? De la propagande plutôt ! C’était une période très enrichissante. Avec une équipe de quatre journalistes, nous suivions les conférences de presse de Matignon et des autres ministères. L’objectif était de rendre compte de façon habile et bienveillante des grands « chantiers » du gouvernement de Lionel Jospin. Tous nos textes étaient soumis à approbation de « conseillers » plus ou moins pusillanimes. Je raconte cette période burlesque dans mon deuxième roman « Onze réveils d’un raté » (publié chez LC éditions également en 2011 et qui devrait connaître une version papier en 2012)... Avec le recul, je comprends pourquoi la gauche a connu la défaite... - Peut-on aimer une morte ? fut publié en février 2011 par LC éditions, une jeune maison qui existe depuis décembre 2010... Pouvez-vous nous la présenter ? LC est la maison d’édition de Christophe Lucquin, un trentenaire passionné issu du monde de l’édition, (il vient de chez MÉTAILLÉ) et avait au départ décidé de se lancer dans l’aventure numérique. Aujourd’hui LC fait les deux, numérique et papier car il n’est pas simple de changer les habitudes. Le travail mené par Christophe est intuitif, risqué, ambitieux. Il faut beaucoup de courage pour se lancer aujourd’hui dans le monde de l’édition. C’est un peu un vortex, un creuset d’auteurs expérimentaux mais bien dans l’époque. - La version papier est vendue 17 euros, la version numérique 7,49 euros. 55% de réduction pour l'ebook, est-ce selon vous un bon taux ? Je n’ai qu’un avis d’auteur sur la question. Il me semble qu’il est intéressant de fournir au lecteur des livres à coût moindre, faciles à se procurer (un simple téléchargement), moins d’intermédiaires (distributeurs, libraires) même si pour le moment on ne perçoit pas encore l’impact réel. C’est un débat d’actualité que les gros éditeurs ne semblent pas avoir tranché. - Amazon propose une approche de prix bas des ebooks et un reversement de 70% aux auteurs (avec qui plus est TVA luxembourgeoise de seulement 3% contre 7% pour les ventes des plateformes françaises dont la vente directe), comment percevez-vous cette offre ? C’est délicat. J’ai un point de vue « écologique » sur la question. Faire attention en appuyant sur un point de la chaine de ne pas dérégler le système complet. - L'arrivée en France du Kindle d'Amazon est un tournant dans l'édition française ou un épiphénomène ou autre chose ?... L’arrivée des liseuses ne m’effraie pas. Si c’est l’avenir on ne pourra rien y changer. Je ne vais pas vous répondre que je suis sensible à la fameuse « Odeur du book » ! Et puis, peu importe le support pourvu qu’on ait l’ivresse. Oui, c’est l’ivresse qui manque le plus ! - Regard d'auteur : sur un ebook, l'auteur doit toucher le même taux de rémunération que pour le livre papier ou nettement plus ? Pour ce qui est de mon éditeur actuel, le pourcentage est doublé mais le prix de l’e-book lui, est divisé par deux. Ce qui revient donc à peu près au même. Il faut trouver des solutions. - "Peut-on aimer une morte ?" Comment et pourquoi est née cette histoire ? C’est un mystère pour moi encore aujourd’hui alors que je pourrais répondre beaucoup plus facilement à cette question pour mes autres romans. Peut-on aimer une morte ? n’est pas né d’une passion « nécrophage » ou d’une quelconque passion ésotérique (je le précise car certains ont pu faire ce contresens absurde)... - D'un point de vue forme, approche narrative, quelle fut votre ambition ? C’est une histoire d’amour... dans l’imaginaire déréglé d’un employé d’assurance cinéphile qui «pète les plombs » certes, mais c’est bien un récit amoureux. Ce cadre fuit son quotidien un peu terne dans une passion imaginaire et aveugle pour une jeune femme suicidée dont il a croisé accidentellement le regard figé de morte. - Avec le recul, que pensez-vous de votre roman ? Question très ouverte et difficile ! On s’interroge toujours sur ce qu’on a écrit mais je pense que vient un moment de... réconciliation avec soi où on peut préciser ses intentions. Il me semble avec le recul que « PEUT-ON AIMER UNE MORTE ? » traduit un malaise que je ne ressentais pas clairement au moment où j’écrivais et qui prend de plus en plus corps aujourd’hui à travers la jeunesse, l’absence de projet, une certaine déréliction générale. Dans ce monde un peu trouble seule la fuite apparaît comme le salut. - Pourquoi et depuis quand écrivez-vous ? Je gagne ma vie avec ma plume depuis vingt cinq ans. Mais aujourd’hui je m’aperçois que seule la littérature a de l’importance car c’est pour moi, une « raison de vivre ». Cela ne s’explique pas d’ailleurs de façon rationnelle. Je serais presque tenté de vous dire que je ne peux pas faire autrement ni autre chose. Ecrire est un besoin, c’est plus fort que soi, un besoin auquel on donne son assentiment sinon on finit par s’arrêter car c’est parfois très pénible. - À quand votre site internet ? J’ai un projet de création. Pour l’heure j’ai créé un blog (il suffit de taper Poli/actualités) qui traite principalement de lyrique et de mes « coups de cœur » en matière de littérature. - Qu'attendez-vous d'internet ? Le meilleur et le pire. Le pire c’est sans doute ces gens qui prennent des pseudos pour faire des commentaires. On frôle alors très souvent le pire esprit collaborationniste de notre beau pays. Le meilleur, c’est ces gens qui au détour d’un statut vous font sourire, vous émeuvent, vous informent... Je trouve par ailleurs qu’il y a un renouveau de la critique littéraire sur internet à travers des sites spécifiques (je pense en particulier au site de Juan Asensio, « Stalker ») qui font le travail que les journalistes ne font plus et cela c’est sans doute très positif pour faire vivre la littérature. - Connaissez-vous, avez-vous lu, certains des précédents lauréats du salon du livre du net ? Certains ne me sont pas inconnus. Ou plutôt certaine comme Emmanuelle Urien mais je vais m’y mettre... - Vous êtes le dernier lauréat pour lequel une édition papier était nécessaire, écrit autrement : le dixième prix du salon du livre s'ouvrira aux oeuvres 100% numériques, que pensez-vous de cette évolution ? Je pense que c’est très bien. Tout ce qui peut accélérer la circulation d’un manuscrit en amont et en aval est très important. Vous savez pour un auteur, par exemple ne pas avoir à se fader le rituel épuisant des copies de manuscrits à adresser à des éditeurs surbookés et qui ne lisent plus, c’est en soi un progrès considérable. - Vous oubliez être aussi journaliste quand vous répondez à ce genre de questions ou percevez immédiatement l'attente du questionneur ? Ou même vous vous mettez à sa place ? Un journaliste peut répondre de façon sincère ;) sans forcément pratiquer l’empathie. Réagissez à cette interview de Jean-Laurent Poli, ou sur ses livres... sans forcément pratiquer l’empathie ;);)
Le site, le blog et des commentaires sur Georges Flipo.
Naturellement, je réponds immédiatement à la question : Je constate la présence du compte d'auteur dans les annonceurs (gérés en externe). Je le déplore. Sur ce point du compte d'auteur, je suis sur la même ligne que le CENTRE NATIONAL du LIVRE Le CNL m'écrivait récemment : Si le Centre national du livre n'est malheureusement pas habilité à prendre position dans un litige d'ordre privé, sachez que l'ensemble de ses services, et plus particulièrement le bureau des auteurs, mettent continuellement en garde les écrivains contre les sociétés qui pratiquent le compte d'auteur. Donc naturellement, inutile de postuler sur ce site avec un livre ainsi présenté. |