salon du livre versant pros

Que signifie être écrivain... la réponse de Gérard Glatt


Le lauréat du premier prix littéraire de l'année 2017

En fin d'interview, vient le moment du... Non, je je ne suis pas Jacques Chancel... Donc :

Stéphane Ternoise, pour le salon du livre du net
: - Et la question traditionnelle : "Qu'est-ce qu'un écrivain ?"

Gérard Glatt : J'ouvre le Larousse et je lis : « Personne qui compose des ouvrages littéraires. » Et par littérature, on entendra : « Ensemble des œuvres écrites auxquelles on reconnaît une finalité esthétique. » Est-ce satisfaisant ? En soi, pourquoi pas ? Peut-être même devrais-je m'en tenir là… Pourtant, non. Puisque vous me posez la question, j'ajouterai volontiers mon grain de sel à ces définitions. Ainsi, plus haut, lorsque vous évoquez le fait que « deux ans avant la retraite », soit plus de trente années après la publication de mon premier roman, j'ai commis « Une poupée dans un fauteuil », on peut supposer que l'approche de la retraite a été pour quelque chose dans la sortie de ce récit. En fait, non, vous l'avez compris. Ma voie était tracée, mais toute ma vie je n'ai fait que lui résister. Dès mon plus jeune âge, le besoin d'écrire m'a animé. A quinze ans, mes professeurs lisaient les nouvelles que j'écrivais. Je veux dire par là que je ne considère pas l'écriture, qu'il s'agisse d'écrire des romans, des nouvelles, des poèmes, des pièces de théâtre, que sais-je encore, comme un passe-temps. « Je prends ma retraite, que vais-je faire à présent ? » Réponse : « Je vais écrire. Je ne sais ni broder ni tricoter. Ni jardiner. Alors, je vais écrire… » Lorsque j’entends ou lis quelque chose de ce genre, à la fin d’une biographie - oui, forcément à la fin - ou en quatrième de couverture d’un bouquin, je sursaute, et la colère me prend. Ecrire m'apparaît être pour certains comme une lubie. Le trompe la mort idéal. Souvent, je prétends que l'écriture m'a bousillé l'existence. Alors qu'en fait, c'est moi qui me suis bousillé l'existence en repoussant du geste une vocation qui n'a jamais voulu mourir. Voilà ce que c'est qu'être écrivain : c'est depuis l'enfance éprouver ce besoin, cette nécessité de toucher les lettres, les mots, de jouer avec eux pour former des phrases, les agencer, puis découvrir peu à peu que, grâce à eux, les fantômes qu'on a dans la tête peuvent devenir pareils à ces êtres de chair que l'on côtoie chaque jour, à chaque instant. Pareils, et pourtant tout autre. Non, non, cela n'arrive pas à l'âge de la retraite. Ecrire, ce n'est pas une lubie. Ce n'est pas une passade qui naît comme ça, d'un simple claquement de doigts… Mais j’arrête là… C’est si facile aujourd’hui de se prétendre écrivain et, selon les genres littéraires, de se dire romancier, ou poète, ou dramaturge… J’arrête là, j’arrête là… J’ai trop le sentiment, soudain, de me faire des ennemis, moi qui n’aime pas la guerre…


- Etre écrivain, c'est donc d'abord « se vivre écrivain », au plus profond de soi ?

Oui, se vivre « écrivain ». Mais, entendons-nous, j’imagine que cela vaut pour tous les arts, pour tout artiste, quelles que soient ses aspirations. Le claquement de doigts, à cinquante, soixante ans, n’existe sans doute pas davantage pour le peintre authentique, le sculpteur, l’architecte, le cinéaste, etc., que pour l’écrivain. Je pense vraiment que le besoin de dire sous toutes ses formes, peu importe le mode d’expression, est un besoin en soi, une nécessité, et que cette nécessité, pas toujours aisée à vivre – me direz-vous le contraire ? Je ne le pense pas –, ne relève pas uniquement de l’acquis. Sans doute, à la naissance, et peut-être chez chacun, doit-il y avoir ce petit quelque chose qui fera que… Par la suite, ses acquis, c’est à dire le futur de l’enfant, la perception qu’il aura plus tard du monde, son éducation, son environnement social, l’ensemble de ses ressentis, tout cela fera que ce quelque chose se développe ou non, s’impose ou non à lui…

- Quels conseils donneriez-vous aux plus jeunes, disons entre 20 et 35 ans, qui « se sentent (ou se veulent) écrivain » ?

Je leur dirai de ne pas commettre mes erreurs. Je leur dirai d’écrire et d’écrire encore. D’oser leur vocation, s’ils sentent que le besoin d’écrire tend à s’imposer à eux comme une nécessité vitale. De ne pas se laisser absorber par une vie professionnelle trop éloignée de ce pour quoi ils se sentent ou se savent exister. Car s’il n’en est pas ainsi, ils ne feront que souffrir leur vie durant, du moins jusqu’à ce qu’ils jettent l’éponge. Ne pas écrire, pour qui en a besoin, « ce peut être une sensation de manque, le sentiment d’une absence. » Or « tout le monde sait qu’une absence, c’est ce qu’il y a de plus lourd à porter. On a besoin de la conjurer en lui donnant une forme, un langage. » C’est ainsi que Roger Vrigny, ce professeur que j’ai déjà évoqué, définissait le besoin d’écrire. Un peu, précisément, comme un conseil aux plus jeunes.





Votre avis


auteur lauréat 2017

Gérard Glatt, lauréat du premier prix littéraire 2017

Retour à Belle étoile, édité aux Presses de la Cité en 2016.

L'interview exclusive pour le salon du livre.